Danser dans le foin avec Canailles

Par Laurence Gagné Gallant

De la poussière vole dans la lumière des lanternes et la paille mouillée par de la bière renversée colle sous les bottes. On a tassé les animaux pour la soirée, on a libéré la grange et on a érigé une scène au milieu du foin. C’est l’impression qu’a laissée la Coopérative Paradis le 24 octobre dernier, un mercredi soir qui a eu l’air d’une fête de village où hommes et femmes n’ont pas attendu pour taper du pied sur la terre battue.

 La soirée a commencé avec une première partie plutôt tranquille de Rob Moir, un Ontarien jouant avec le charme de son français massacré. Une belle prestation, folk et chemise carreautée à l’appui, malgré une série de compositions qui ont semblé toujours reprendre la même ligne mélodique. Tout de même, la belle toune folk d’une quarantaine de minutes de Rob Moir a donné le goût d’en entendre plus.

Et puis la rue Michaud a vibré sous l’enthousiasme général et instantané à l’entrée de Canailles, de retour sur scène après un concert endiablé qui a eu lieu au mois d’août dernier, toujours au Paradis. On ne peut que s’embarquer dans des veillées interminables, avec cette belle bande de fêtards. Le spectacle n’a pas le choix de se prolonger jusqu’aux petites heures, l’urgence enthousiaste du banjo, de la mandoline et de l’accordéon résonnant dans le fond des verres. Les jeunes Canailles donnent une bande sonore festive marquée de chansons comme « Dans mon litte » ou « Bécik » qu’ils ont tirées de leur dernier album Manger du bois, réalisé par le prolifique musicien-rappeur-journaliste-marionnettiste-yiddish Socalled.

Pour leurs retrouvailles avec les Bas-Laurentiens qui semblaient leur avoir déjà montré de quel bois ils se chauffaient, les sept musiciens nous ont de nouveau offert folies complices, ingestion de shooters et d’excellents reels bluegrass et cajun. En oubliant le maillon faible (qu’on garde dans l’anonymat, mais qu’on associe à une planche à laver) dont la présence et l’utilité sur scène restent à discuter, Canailles réussit à ajouter un je-ne-sais-quoi de frappant et d’original à cette musique du terroir ou enracinée qui revient à la mode. Bref, une soirée mémorable où tous se sont imaginés en bretelles et en robes de friperie, teintées de sépia pour l’effet western.