Qu’est-ce que le « social loafing »?

Qu’est-ce que le « social loafing »?

Par Julie Gauthier

Le « social loafing » ou la flânerie sociale est un des effets négatifs d’une dynamique de groupe. Ce fléau se produit parce que généralement, un être humain normalement constitué, fournit un effort moins grand en situation de groupe que lorsqu’il est seul à conduire la barque ou autrement dit quand il doit répondre seul de ses actes. Selon Morin et Aubé, cette maladie contagieuse découle de l’une ou l’autre des situations suivantes :

1: Le Free riding : La tentation de profiter de l’anonymat d’un groupe

Ça arrive quand les réalisations de chacun ne peuvent pas être identifiées. Personne ne sait qui fait quoi donc personne n’accuse personne pour le travail mal fait. Dans la plupart des organisations culturelles, la petitesse des équipes fait que nous savons plutôt vite qui a laissé passer LA DATE de demande de subvention pour l’entente sur trois ans (oui oui la date qui arrive juste une fois au trois ans).  Cela peut cependant se produire dans un contexte de festival par exemple où il y a une armée de bénévoles sur le terrain.

2: Le succer effect : l’effet de ventouse

L’effet ventouse se produit quand un individu croit qu’il travaille beaucoup plus que les autres et décide de baisser un peu le régime.

3: Le felt dispensability : L’impression de ne pas être indispensable

Quand une personne ne croit pas que sa contribution est indispensable à l’équipe ou que son apport individuel n’est pas nécessaire, il risque de réduire son apport au sein de son équipe.

Sur le terrain, la flânerie sociale déstabilise une équipe de travail. Elle se traduit par la décision par l’un ou plusieurs des membres de l’équipe de laisser faire une partie de son travail par les autres. Évidemment, il en découle frustration, déception, crise de nerf et potentiellement burn-out. Surtout pour celui qui écope du travail de monsieur « felt despensability » et de la baisse de régime de madame « succer effect » et du boulot de tous les petits « free riding » qui croit que personne ne se rend compte qu’ils passent leurs journées sur Facebook à regarder des vidéos de grumpy cat.

La chaine est aussi forte que le plus faible de ses maillons, c’est pour dire à quel point, il est important d’éradiquer la flânerie sociale.

Quelques trucs pour diminuer la flânerie sociale au sein d’une équipe (Morin et Aubin)

  1. Préciser le rôle et les responsabilités de chacun;
  2. Décomposer les objectifs communs en objectifs individuels;
  3. Valoriser et récompenser les contributions de chacun au travail collectif.

Tout le monde va être plus heureux dans son travail sauf peut-être le grumpy cat.

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Multitasking suite…Combiner création/travail et petite bouche de 5 ans.

Multitasking suite…Combiner création/travail et petite bouche de 5 ans.

Par Julie Gauthier

Dans un billet précédent, je vous parlais du multitasking ou en bon français « le mode multitâche ». J’avais envie d’en parler encore un peu, j’ai l’impression que le sujet n’est pas encore tout à fait vide « le pourra-t-il un jour?…j’en doute ». Une des préoccupations majeures que nous avons en tant qu’artiste c’est de pouvoir poursuivre notre pratique artistique et peut-être même un jour…de pouvoir en vivre. Je suis scénariste depuis plus de 10 ans. J’ai un besoin viscérale d’écrire. Au tout début de ma carrière, moi et mon conjoint, avec qui j’écris la plupart du temps, avons planté plusieurs graines. Ici j’utilise le mot graine comme la jolie métaphore à toutes les demandes de subvention qu’on a faite pour nos multiples projets de films. Un jour toutes ces belles semences se sont transformées en projet de film. Nous recevions des bourses pour écrire…génial! On s’est donc mis à écrire beaucoup, vraiment beaucoup. Cependant comme un film ne se limite pas à un scénario, il a fallu penser à la production et à la réalisation.

Une fois le producteur trouvé, il faut trouver le réalisateur et ils se multiplient, se suivent, nous font réécrire, se retirent… bref ce n’est pas si facile de trouver l’âme sœur cinématographique. Et pendant que tout ce beau monde cherche à marcher dans la même direction, nous pauvres scénaristes/semeurs de graines et ben…on sème… À force de semer, on a même fait pousser une charmante petite fille de 5 ans…Génial!…Puis à l’écriture, si j’ajoutais la réalisation…J’avais un court-métrage qui séchait dans un tiroir (financé par la SACD, la SODEC et maintenant le CALQ…en production.) Je me retrouve donc après 10 ans d’agriculture cinématographique avec un scénario de long-métrage tout prêt d’entrer en production, un scénario de court-métrage que JE réaliserais au printemps, s’ajoute à cela un court-métrage financé en développement par la SODEC qui se repose pénard dans mon tiroir attendant d’être réalisé à côté de son grand frère, un scénario de long-métrage financé au développement par Téléfilm Canada qui prend ça relax en attendant son tours. Mon chum lui travaille sur l’adaptation cinématographique d’une nouvelle. C’est ce qu’on appelle la diversification des cultures je crois.

Pendant qu’on cultive notre potager créatif, qui dois-je vous le spécifier, est très loin de nous rapporter l’autosuffisance pécuniaire, il nous a fallu penser à payer les comptes et nourrir notre petite grande bouche de 5 ans.

On repart donc pour un autre exemple de journée qui cette fois-ci combine travail/création et famille.

Vendredi 22 mars

7h00 : Je suis debout cette fois, ça fait 2 jours que je me tape des nuits de 12hrs (peut-être que je manque de sommeil, c’est juste une hypothèse.)

Entre 7h00 et 8h00 : Lecture de courriels, café, douche, café, habillement, café, maquillage (le temps alloué au maquillage augmente proportionnellement avec l’âge). Déjeuner, presque relax, saute dans la voiture avec ma petite bouche de 5 ans.

9h00 Wow quelle ellipse, je viens de vous épargner mon aller-retour à St-Anaclet.

9h00-11h30 Dur labeur dans ma vie de directrice d’organisme culturel, dossiers urgents : je dois organiser une campagne de levée de fonds de 1 an tout en contrôlant les avancées du projet de relocalisation tout en embauchant quelqu’un pour notre nouveau service comptable, tout en signant des chèques, tout en me disant qu’il est déjà 11h30 et que j’ai une réunion précisément à 11h30 avec ma productrice.

11h30 : On va dire que je suis douée pour la téléportation et que je me suis déplacée en un instant de ma chaise à roulettes de directrice à la chaise du resto qui accueille mes fesses de réalisatrice. On jase budget, budget, budget et encore budget, vous ais-je dis qu’on a parlé de budget?

13h00 : Départ vers St-Mathieu (notre lieu espéré de tournage) on va chercher mon spécialiste du son et c’est un départ (je vais éviter d’alourdir le texte en vous disant qu’on a été obligés d’arrêter en chemin pour que ma multitaskers de productrice, imprime, scan, signe et courriel un contrat.)

14h00 Arrivé au commerce de St-Mathieu parfaitement synchronisé avec mon directeur photo qui lui partait de Rivière-du-loup. Visite des lieux, évaluation, est-ce trop bruyant? Est-ce assez grand? Est-ce possible de tourner ici? Négociation, négociation, négociation et voilà, c’est une victoire. Les propriétaires acceptent.

17h00 Retour à Rimouski, course à l’épicerie, retour à ma maison, meeting avec ma productrice autour d’un verre de vin. Courriels à l’équipe de tournage, courriels au Paradis (quelques dossiers à régler).

21h00 Je me couche en même temps que ma petite bouche de 5 ans qui a clairement eu un spécial pour jouer avec la petite bouche de 3 ans de ma productrice.

Demain c’est samedi…congé…yé!!! Euh…c’est une blague. Je suis en fin de session à l’université…devoir, devoir et encore devoir. C’est beau l’agriculture.

Le financement d’une organisation artistique

 

Le financement d’une organisation artistique

(Ou comment votre amour pour le roman épistolaire pourrait mener votre organisation à la faillite)

Par Julie Gauthier

En bonne « multitasker » aujourd’hui je naviguais entre 3 ou 4 formulaires de demandes de subvention parce qu’une grosse, très grosse, très très grosse partie de mon travail quotidien consiste à rechercher des sources de financement. Dans le cas de la Coopérative Paradis ce n’est pas une mince tâche. Victime de notre créativité, notre modèle d’affaire s’écarte tellement de la norme que la réaction usuelle des subventionneurs sonne à peu près comme ça : C’est génial votre truc mais…euh…je sais pas du tout dans quel programme vous classer. Bon…en bonne Che Guevara de la culture, je demeure réaliste et je demande l’impossible! Pour arriver à financer un organisme culturel une règle supplante toutes les autres, ne négliger aucune des grandes catégories de revenus potentiels.

1 : Les Subventions

2 : Les dons et commandites

3 : Les revenus autonomes

Pour ce billet, je vais me concentrer sur la première source de financement c’est-à-dire : Les subventions.

Il existe à tous les paliers de gouvernement (municipal, provincial et fédéral) des tonnes et des tonnes de programmes pour financer vos activités. Mais n’entre pas qui veut dans ces programmes. On distingue dans le domaine des subventions plusieurs formules. Il y a la subvention au fonctionnement qui est aussi rare qu’une journée de canicule au Bas-Saint-Laurent. Cette subvention est très recherchée puisqu’elle n’est pas liée à un projet spécifique et parfois « miracle – bruit de harpe et chants grégoriens » elle est récurrente. Elle reconnait l’importance de l’organisme et le finance pour ses activités quotidiennes.

Il y a aussi la subvention au projet, intéressante aussi mais beaucoup plus difficile à gérer en ce sens qu’elle est liée à un projet spécifique, pour lequel on embauche souvent une ressource pour la durée (limitée) du projet. Elle implique une gestion financière par projet et un rapport détaillé de ses dépenses qu’il faut nécessairement extraire du budget de fonctionnement. Et dois-je le préciser, elle implique de faire un projet.

Une autre forme de subvention s’organise sous la forme d’ententes spécifiques. Elle permet souvent à deux organisations de collaborer pour bonifier une enveloppe destinée à une région spécifique ou à un type de projet en particulier. Pensons à une entente entre le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et la Conférence régionale des éluEs (CRÉ) par exemple.

La rédaction de demandes de subvention est un art, je remercie le ciel chaque jour pour avoir fait des études universitaires en lettres (oui oui même pour ma maîtrise encore inachevée en création littéraire). Savoir écrire est à la base d’une demande de subvention efficace. Quelques trucs en vrac.

1 : Conservez un style direct et sans fioriture (gardez votre style épistolaire à la Choderlos de Laclos pour l’intimité et ce n’est pas non plus l’endroit pour « roder » votre premier show d’humour.)

2 : Analysez la manière dont l’organisme subventionnaire rédige ses programmes, étudiez sa mission et reprenez le style. On ne rédige pas une demande de subvention de la même manière si l’on s’adresse au Conseil des arts et des lettres du Canada que si on s’adresse à sa municipalité. À chacun son discours, son vocabulaire et ses préférences.

3 : Allez jeter un œil sur les projets qui ont été financés avant vous. C’est un bon indicateur sur ce que l’organisme subventionneur aime subventionner.

4 : Ne vous contenter pas de lâcher mollement votre lettre à la poste. Contactez les responsables de programme, envoyez des courriels, vérifiez régulièrement l’avancement de votre demande bref…ne vous faites pas oublier.

En terminant, voici les 8 filières de financement « régulières », vous vous doutez bien que le Paradis est tombé quelque part en arrière d’un tiroir. Les-Huit-Filières-du-secteur-culturel_INEUM_NTC