Apprendre à décrocher ou fais ce que je dis et pas ce que je fais.

Apprendre à décrocher ou fais ce que je dis et pas ce que je fais.

Par Julie Gauthier

Écrire un billet sur l’art de décrocher en ce jour férié du congé national des Patriotes est hautement ironique, je vous l’accorde. C’est la preuve que je suis tout comme vous (qui avez été attiré par le titre de ce billet) incapable de décrocher. J’aurais très bien pu attendre à demain pour publier ce billet en faisant semblant que j’avais passé la longue fin de semaine à lire Faust en sirotant un expresso décaféiné ou encore à tapisser mes fonds de tiroir de cuisine avec du papier peint vintage mais non…c’est faux! Travailler dans un organisme culturel (et de surcroît à la direction), avoir une pratique artistique, c’est du 24 sur 24 et du 7 jours sur 7. Ma tête est toujours pleine des projets encore inachevés  et de ceux que je devrai démarrer parce que la date limite de la demande de subvention arrive à vitesse grand V. Dès qu’on pose notre tête sur l’oreiller, nos paupières deviennent l’écran parfait pour diffuser un budget qui balance pas, une to do list « in progress », des problèmes de ressources humaines à régler et plus plus plus…merde,  j’allais oublier d’aller sortir le recyclage à la coop…C’est un cercle vicieux, travailler réduit notre niveau d’anxiété parce qu’on a l’impression d’avancer, inversement poser du papier peint vintage dans un fond de tiroir nous fait hautement culpabiliser. Résultat, vous voilà atteint de workaholism aigüe à ne pas confondre avec le workalcoolisme qui est un tout autre problème. Bon comment régler cet épineux embarras qu’est le décrochage.

Plusieurs études démontrent que la capacité à récupérer à un impact majeur sur la performance. Un professeur de l’Université d’Oslo en Norvège dont la thèse porte sur l’épuisement des athlètes d’élites fait remarquer avec beaucoup de justesse que les médaillés ne sont pas ceux qui ce sont le plus entraînés mais plutôt ceux qui ont la capacité de récupérer entre deux entraînements.

Jacques Forest professeur en psychologie à l’UQAM cite également dans le journal Les Affaires, une recherche de l’Université de Constance en Allemagne, qui donne la recette d’une bonne récupération.

1 : Un détachement psychologique complet du travail; (Oui oui, je sais, à moins d’avoir un emploi qu’on déteste, se détacher psychologiquement de son emploi est une chose passablement ardue et encore plus quand tu donnes ton numéro de cellulaire à tout le monde).

2 : Une relaxation menant à un état de calme; (Une bonne séance de yoga ça aide, surtout chez Metta  « je l’ai plugue, parce que je l’ai aiment bon ». Un autre truc pourrait être de fixer un mur blanc en tentant de détecter la teinte exacte de blanc « humm ça semble être un blanc bois de grève de fin août début septembre »).

3 : L’engagement dans une activité différente où l’on éprouve un sentiment de maîtrise. (Évidement quand on travaille dans le milieu culturel, les loisirs de 90% de la population se transforment en travail pour nous « spectacle, cinéma, expo, théâtre ». Bon, je vous conseille la course à pied, l’haltérophilie ou d’aller voir un show de monster truck, ça c’est plutôt dépaysant.)

En résumé, décrocher n’est pas facile, surtout quand notre travail nous passionne. Ne soyez pas des juges trop sévères à votre propre endroit. Décrocher n’est pas toujours la meilleure chose à faire pour s’éjecter de son travail car comme le fait remarquer avec beaucoup de finesse Frédéric Beigbeder « Il suffit de ne plus jamais décrocher quand ça sonne, et soudain l’on devient très important ».

Gérer une organisation artistique en mode projet

Gérer une organisation artistique en mode projet

Par Julie Gauthier

Selon l’Unesco «  la spécificité de la gestion « culturelle » au sens plus large renvoie à la spécificité d’un champ (ou d’un système d’activités) et de produits (matériels et immatériels) ainsi que de services » qui ne sont pas des marchandises ou des services comme les autres.  (On savait déjà, intuitivement, que nous avions dans les organismes artistiques une mode de gestion disons…créatif).

La gestion culturelle, qui représente l’ensemble des savoirs et des pratiques de gestion dans le domaine des arts et de la culture et qui selon le Conseil des ressources humaines du secteur culturel est «  l’art et la manière de gérer des produits et des services culturels au sein d’organismes ou de sociétés culturelles à but lucratif ou sans but lucratif » a subi des transformations dans les dernières années. Plusieurs défis se posent aux gestionnaires culturels qui doivent user d’imagination pour assurer leur financement (c’est ce que je disais…de créativité). Dans une étude sur l’apport économique de la culture dans le Bas-Saint-Laurent publiée en 2006 par le Conseil régional de la culture du Bas-Saint-Laurent nous apprenions que le domaine des activités artistiques et culturelles tirait 60% de ses revenus de manière autonome, 35% de l’argent provient d’aide publique et 5% d’aide privée.

Dans l’ouvrage : La gestion stratégique des organisations artistiques les auteurs Serge Poisson-de Haro et Sylvain Menot trace un portrait un peu sombre du financement de la culture. Selon eux « L’érosion du public a pour conséquence de réduire les ressources directes telles que la vente de billets. Deuxièmement, les subventions dépendent fortement de la politique de l’état, de ses priorités, de sa capacité financière. La tendance actuelle observée est une stagnation du financement public »

L’octroi des subventions par les différents paliers de gouvernement, principaux subventionneurs des organismes culturels, se fait désormais majoritairement en mode projet. Très peu de fonds sont attribués directement au fonctionnement et les organismes culturels doivent (par défaut) adapter leur mode de gestion à cette nouvelle réalité tel qu’en témoigne Pierre-Jean Benghozi dans un article sur la gestion de projet dans le secteur culturel. « S’organiser pour créer nécessite l’adoption de règles de gestion et de comportement différentes de celles généralement mise en œuvre dans le cadre de productions régulières. Les productions culturelles relèvent de ce que l’on appelle des adhocraties : des organisations opérant dans un environnement complexe et dynamique, mobilisant une part importante de création pour produire des produits uniques et innovants, et appelant à ce titre des structures spécifiques. Ces caractéristiques s’appliquent bien sûr à des organisations éphémères par nature (production d’une pièce de théâtre, d’un film ou d’un opéra) mais se retrouvent également chez des structures plus stables qui se calquent sur le modèle des organisations temporaires pour développer des projets spécifiques et des activités événementielles. La tendance à se vivre comme une succession d’événements n’est plus simplement une tentation, elle devient aussi une nécessité vitale pour les institutions permanentes » (Benghozi, 2006). Cette nouvelle réalité demande aux organisations d’être beaucoup plus créative dans leur forme administrative. Cette forme de gestion particulière peut poser d’importants défis, ne serait-ce qu’à l’intérieur de notre comptabilité qu’il faut structurer en mode projet pour ne pas perdre le fil.

La gestion en mode projet a ses avantages mais également des lacunes, je pense ici au transfert de la connaissance collective accumulée par l’équipe de projet qui disparaît en même temps que les équipes sont dissolues. Une équipe qui doit être dissolues est aussi un aspect difficile à gérer. Un employé engagé sur un projet ne sera pas automatiquement reconduit l’année suivante et comme nous le savons, un employé formé vaut de l’or dans une petite équipe. Souvent le gestionnaire d’organisation artistique doit déployer des trésors d’imagination (et oui la fameuse créativité) pour pouvoir pérenniser un poste. Un autre des pièges potentiels de la gestion par projet dans une organisation artistique réside dans le développement de projets incohérents avec la mission de l’organisme. Il est d’une importance capitale de toujours conserver une vision globale pour ne pas donner l’impression que l’organisme est dirigé par un tireur fou.

Quelques trucs en vrac pour naviguer en mode projet

  • S’assurer que la comptabilité de l’organisme est tenue par projet. (On ne veut surtout pas que les budgets affectés à un projet en particulier soient dilués dans une comptabilité globale sinon vos rapports aux subventionneurs seront votre pire cauchemar;
  • Affecter une même ressource à différents projets. (Question de créer un poste complet et plus intéressant donc plus attractif);
  • Se constituer un portefeuille de projets. (C’est-à-dire, mener plusieurs projets de front tout en gardant en tête la mission de son organisation);
  • Avoir un dossier par projet. (Conseil qui peut sembler hautement évident mais ayant moi-même un système organisationnel légèrement…anarchique… je préfère le rappeler.