Peinture moderne

Par Maxime Binet

Ce mardi (29 avril), Paralœil vous présente Que ta joie demeure, le plus récent film de Denis Côté. La projection sera précédée du court métrage Chez toi, où sont les fleurs? (2011) de Katy Roy, une production de Paralœil.blog 3 paraloeil photo

Avant toute chose, permettez-moi de souligner la belle soirée de projection qui s’est déroulée jeudi dernier, en compagnie d’Érik Papatie qui est venu tout droit du Lac Simon, en Abitibi, pour son premier voyage dans le Bas-du-Fleuve. Lui qui présentait son court métrage Bienvenue dans mon monde (2010) s’est montré très généreux envers le public de Paralœil avec qui il n’a pas hésité à partager ses anecdotes de tournage de 3 histoires d’indiens et de ses propres réalisations. Érik Papatie a véritablement conquis le public rimouskois ; public qui, selon le cinéaste et acteur, aura été plus nombreux et plus animé que lors de sa présence à Montréal. Cette belle soirée de cinéma s’est déroulée dans une ambiance intime et chaleureuse. Un beau petit succès !

Comme je le disais, Paralœil vous invite à la projection de Que ta joie demeure, essai cinématographique de l’enfant terrible du cinéma québécois, Denis Côté. Par sa facture, le film nous rappelle évidemment son Bestiaire, sorti il y a deux ans. On y a interchangé les animaux pour des humains, et on passe de la ferme aux usines, ateliers et autres manufactures. Sans qu’il y ait véritablement d’histoire(s), les ouvriers font ce qu’ils font, ce qu’ils ont à faire… Côté se soucie peu de la finalité de leur travail, il s’intéresse plutôt aux gestes, aux mouvements, à la répétition, à l’adhérence des corps au rythme des machines, et à cette humanité qu’on devine, enveloppée dans les combinaisons que portent ces journaliers. Denis Côté nous montre ces êtres aliénés ou s’aliénant, parfois résistant, mais toujours pris dans l’engrenage ; le titre prend alors tout son sens.

« Personnellement, autant j’ai aimé ce film, autant je ne peux que difficilement m’expliquer pourquoi ! » On a beau chercher, on ne peut pas utiliser ses appuis cinématographiques habituels pour réfléchir sur ce film. Ce faisant, il faut chercher ses appuis ailleurs, peut-être un peu dans la danse (contemporaine) et la photographie. On y reconnaît peut-être un peu du Ciné-Œil de L’homme à la caméra (1929) de Dziga Vertov, mais l’optimisme et l’émancipation qui donnaient l’élan au film du cinéaste russe sont remplacés par l’enfermement, la résignation (et/ou l’acceptation). Comme on l’a dit, le film se concentre sur le mouvement – et le statique –, présentant des corps anonymes et abandonnés à leur fonction, telles les machines qui meublent leur environnement. Sur le plan technique, les cadrages, la lumière, la composition de l’image, la durée des plans, et les raccords participent de cette œuvre audio-picturale. L’environnement sonore est tout aussi riche, dense et complexe que la bande image. Les rythmes et les textures sonores sont sculptés avec doigté. Au final, tous ces choix esthétiques combinés renferment un pouvoir carrément hypnotisant qui nous immerge dans l’aliénation de cet univers industriel. Ainsi, c’est sans doute avec la peinture moderne qu’on peut probablement plus aisément trouver des repères.

Je ne vous en dis pas davantage sur le film. Venez vous blottir dans l’obscurité de votre salle de cinéma Paralœil pour découvrir cette pièce de maître signée Denis Côté !

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Le réel au détour

Par Maxime Binet

3 histoires d’Indiens, présenté ce jeudi à 17h30 ainsi qu’à 19h30, est l’occasion de s’initier à l’œuvre d’un monument du cinéma – et de la vidéo –, à savoir Robert Morin, si ce n’est déjà fait. Je l’avoue, je ne sais pas où ce texte devrait commencer, et encore moins où il devrait se terminer. J’aimerais vous parler de toutes les réalisations de Morin, mais la liste n’en finit plus de s’allonger – je n’en ai moi-même visionné qu’une fraction. Il faut une bonne dose d’humilité pour plonger dans l’œuvre de Robert Morin tant elle est vaste, mais surtout tant elle est déroutante. Avec Robert Morin, attendez-vous à être heurtés, manipulés, et – j’imagine –  conscientisés, sans toutefois qu’on vous fasse la morale.

Erik Papatie. Crédit photo : Courtoisie Wapikoni

Erik Papatie. Crédit photo : Courtoisie Wapikoni

Robert Morin est non seulement un cinéaste et vidéaste marginal – de par son style, sa démarche –, c’est aussi et surtout le cinéaste des marginaux. Non seulement les sujets de ses films proviennent toujours de ce que tente d’obscurcir, voire de nier, le soi-disant « grand public », le « bon goût », le « politically correct », mais la forme qu’expérimente Morin pour rendre (justice à) ses sujets est elle aussi débarrassée du conformisme rassurant de la culture de masse. 3 histoires d’Indiens s’intéresse à une minorité visible, dont l’auteur au franc-parler dirait probablement qu’elle est plutôt une minorité invisible tant on évite de s’y attarder[1] ; à savoir : les autochtones du Québec – dans le cas présent, des jeunes Anishnabe (Algonquins) de l’Abitibi. C’est avec ces éléments, encore très vierges pour notre regard – considérant la place faite aux Autochtones dans nos représentations artistiques et culturelles –, que Morin bricole[2] son film.

Au visionnement, on devine bien qu’il s’agit d’une fiction étant donné l’absence de considération des sujets envers la caméra qui les filme, ainsi que les raccords entre les plans. Toutefois, pour paraphraser un cinéaste (Philippe Grandrieux), ce qui est intéressant ce ne sont pas les « raccords », ce sont plutôt les « rapports ». En ce sens, l’aspect documentaire du film ressort davantage que les traits attribuables au cinéma dit de fiction, ce qui induit un regard tout à fait particulier pour le spectateur.

L’utilisation d’une caméra vidéo légère tenue principalement à l’épaule, avec éclairage naturel/ambiant, comme tous les autres indices qui trahissent la fiction, participent autrement d’un rapport à quelque chose d’authentique, qui ne peut se réduire à la mise en scène, à la fiction. On parle du réel. Chez Robert Morin, la fiction est le biais qui permet de révéler les personnes voilées par les/leur personnages. C’est la caméra qui (se) filme, comme dans chaque film du cinéaste-vidéaste, en cadrant un miroir ou en la retournant vers celui qui la tient.

Mises à part qu’elles mettent toutes en scène des « Indiens », les trois histoires qui sont présentées dans ce docu-fiction ne cherchent pas tant à se rapprocher, à se nouer, qu’à révéler des êtres uniques : Érik Papatie, Shayne Brazeau, ainsi que Shandy-Ève Grant, Alicia Papatie-Pien et Marie-Claude Penosway qui y jouent toutes et tous leur propre rôle. À cet égard, il est pertinent de savoir que seule l’histoire d’Érik s’ancre directement dans sa propre existence. Les deux autres histoires sont entièrement scénarisées par Morin. Ces deux modes cohabitant de façon quasi autonome au sein du film amplifient la friction entre le réel et les manipulations, entre l’esprit documentaire et le cadre fictionnel.

Venez apprécier le résultat de la relation qui s’est formée entre Robert Morin et ces jeunes Autochtones de l’Abitibi par le biais de ce projet artistique, sorte de fiction fabulée et ludique où les traces du chemin parcouru comptent autant que la destination[3].

Nous aurons d’ailleurs la chance d’accueillir Érik Papatie pour discuter du film et de ce qui entoure la production de 3 histoires d’Indiens, mais également pour parler de sa propre production puisqu’il est, tel que présenté dans le film, un vidéaste très concerné par sa communauté. Érik Papatie a notamment participé à la Wapikoni mobile. Il sera accompagné de Ronny Wabanonkik et Melina Richmond. Sera également présent, Philippe Chaumette, accompagnateur de la Wapikoni mobile de 2007 à 2011. Tous trois nous permettront de faire le pont entre fiction(s), perception(s), et réalité(s) des Autochtones.

C’est un rendez-vous !

[1] Il qualifiait d’ailleurs d’« apartheid », la situation des autochtones au Canada et au Québec lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle diffusée le 6 avril dernier, à ICI Radio-Canada Télé.

[2] Considérez que l’utilisation du verbe « bricoler » n’a absolument pas une résonnance péjorative. Au contraire, je trouve que cela illustre bien, à la fois, le caractère innovateur et le peu de moyens (financiers) permettant de qualifier le travail du cinéaste-vidéaste, quand on sait que les films populaires jouissent de budgets faramineux pour nous répéter les mêmes sujets sur les mêmes canevas.

[3] La production du film s’est déroulée sur quatre ans et on peut aisément croire que cette longue durée est une condition essentielle de l’œuvre qui résulte.

De la belle visite bruyante au Paradis!

Par Véronique Lavoie

Avec des noms de groupes comme Les Pantouffes, Jesuslesfilles et Les Guenilles, comment ne pas être charmé, ou du moins attiré par cette soirée punk rock présentée au Paradis le 12 avril dernier.

Les Pantouffes en concert.  Crédit photo : Mathieu Gosselin

Les Pantouffes en concert. Crédit photo : Mathieu Gosselin

Les Pantouffes

Mon petit coup de cœur de la soirée avec sa performance à la fois amusante et entrainante. Pour une première sur scène, c’est une réussite. À première vue, avec leurs pantoufles au crochet (t’sais le genre que ta grand-mère te donne à la minute que tu mets les pieds dans sa maison), tu penserais à les inviter à jouer dans ton salon un dimanche après-midi. Mais, penses-y bien, parce que tu vas certainement recevoir la visite du voisinage pour participer à cette fête qui te ramène au bon punk.

La formation rimouskoise a réinventé les classiques de notre répertoire francophone comme Sèche tes pleurs de Daniel Bélanger, Les yeux du cœur de Gerry Boulet ou Quand on est en amour de Patrick Norman. En passant, je suis convaincue que si Patrick Norman entendait cette version, il voudrait se faire pousser les cheveux pour pouvoir les balancer aux rythmes de cette mélodie.

Même si le groupe n’a fait que des reprises, il les a modelés à son style en modifiant, par exemple, Journée d’Amérique pour Fourrer l’Amérique. À l’aise sur scène, les quatre membres du groupe ont donné le ton à cette soirée.

Jesuslesfilles

Le quintette montréalais Jesuslesfilles est la meilleure visite que tu peux avoir, parce qu’il te gâte et t’apporte des cadeaux d’hôtesse : des primeurs musicales. En effet, la foule du Paradis a eu la chance d’entendre les nouvelles chansons de leur prochain album Le grain d’or qui sortira le 29 avril prochain, en plus d’avoir la possibilité de l’acheter avant le grand public.

Jesuslesfilles en concert. Crédit photo : Mathieu Gosselin

Jesuslesfilles en concert. Crédit photo : Mathieu Gosselin

Un hybride entre le punk et le rock alternatif, leurs sons captent l’attention avec leurs voix en chœur qui récitent des paroles comme : « elle m’aime trop fort, elle vomit partout ». Bref, le groupe dégage un je-ne-sais-quoi d’envoutant avec leur son gras de garage et leur folie propre à eux.

Les Guenilles

Annoncé comme le saint chiffon par le groupe précédent (Jesuslesfilles), le trio est venu présenter son rock pesant issu de son troisième album Zéro pis une barre, paru en novembre dernier. Tellement lourd que le chanteur s’est même retrouvé à jouer de la guitare à genou, dos au public. Avec des chansons cyniques comme La scène locale, le groupe a tenté d’attirer l’attention, de critiquer notre monde. Cependant, leur propre attention n’était pas toujours au rendez-vous avec ces nombreux cocus entre les chansons et les interactions hors micro qui ont perdu le spectateur. Cette non-connexion s’est fait sentir dans la prestation qui, je le sais pertinemment, aurait pu être épique.

Bref, je vais dire comme ils disent : ok bye ! Mais, on se reprend ?