Les coups de cœur culturels 2014 de Véronique Lavoie!

Nous avons demandé à notre fidèle collaboratrice Véronique Lavoie de se prêter au difficile exercice de sélection de ses cinq coups de coeur culturels de l’année. Voici ce qui l’a marquée en 2014!

Crédit photo : Alexandra Thibault

Crédit photo : Alexandra Thibault

La série dramatique Série noire

Comme on est entre nous, je me permets de faire une confidence : depuis que j’ai acheté le DVD de Série noire, réalisée par Jean-François Rivard, j’ai dû la visionner un minimum de cinq fois. Comment résister à cette série audacieuse récipiendaire de 16 Gémeaux? Comment résister au duo de scénaristes pathétiques, mais ô combien attachant formé par Denis Rondeau (François Létourneau) et Patrick Bouchard (Vincent-Guillaume Otis)? Comment résister à un Jean-Guy Boissoneau (Guy Nadon) qui revendique la scientificité dans le fuckage du pH de la femme? Comment résister à l’épique East Gay Gang et à l’incontournable Marc Arcand muni de ses nunchakus? Impossible de ne pas accrocher à cette série de seulement douze épisodes qui aura, merci la vie, une saison 2.

L’album Blue Volvo de Loud Lary Ajust

Véritable classique dans ma voiture, le deuxième opus de ces deux rappeurs, appuyés par les solides trames musicales d’Ajust et de Ruffsound, est pour moi l’album hip-hop le plus marquant de 2014. Il trace, à travers ses textes éclatés oscillants entre l’anglais et le français, une génération à la mi-vingtaine désabusée vivant dans tous les excès possibles. Ma chanson préférée est « Blue Volvo » avec des passages comme : « Toute mon adolescence j’ai vu la Blue Volvo spining around. Prenez place les amis sur les black leathet seats parce qu’on s’en va nulle part to night. […] La ceinture autour du cou, on va rouler pour toujours Let’s go! » Mais ne t’inquiète pas, tu peux aussi faire de l’attitude et te la jouer cool avec la chanson « Tiens mon drink ».

Le film Mommy de Xavier Dolan

Tu sais quand tu racontes l’histoire d’un film et que les larmes te montent aux yeux? Et bien c’est l’effet Mommy sur une Véronique Lavoie. Mettant en vedette Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval et Suzanne Clément, ce film d’une intensité émotive désarmante m’a profondément touchée par sa sincérité. Magnifiquement réalisé, notamment avec le jeu du cadrage serré, Dolan signe, selon moi, le film québécois incontournable de l’année 2014. On se croise les doigts pour une nomination aux Oscars!

Karim Ouellet à L’Impérial

Dans le cadre des Nuits du Festival d’été de Québec, Karim Ouellet a foulé les planches de L’Impérial le 16 mai dernier avec un concert complètement unique. Tout y était : le charisme indéniable de l’amoureux des renards, des collaborations de feu avec Ariane Moffatt, Jimmy Hunt, Kandle, Koriass et des gars de Misteur Valaire, des pluies de confettis, des ballons immenses, etc. Moi et mon bandeau fleuri ont capotaient d’assister à ça pour 15 $!

Random Recipe et Alaclair Ensemble au Paradis

L’art de choisir et moi: Mission impossible 5! Alors je place ici en égalité le concert de Random Recipe au Paradis du 30 mai 2014 et celui d’Alaclair Ensemble du 22 mars dernier. Random Recipe est le genre de groupe qui inclut son public dans la fête en le gavant d’amour, d’humour et d’intensité (mention spéciale à l’envoutante Frannie). Alaclair Ensemble est le genre de groupe au rap fluorescent qui débarque avec son lexique Bas-Canadien pour délivrer une prestation éclatée où les chœurs se font échos, s’enterrent, s’unissent et se déconstruisent sans cesse pour créer un unisson signé Alaclair. Issus de diverses sphères du hip-hop, les sept membres du groupe offrent un postrigodon des plus entraînants avec des chansons comme « Mon cou » : un délice auditif!

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Le spectacle dont vous êtes le héros

Par Véronique Lavoie

Le concept était simple : tu allais passer ton samedi soir 6 décembre au Paradis et en échange, tu pouvais, le temps d’une soirée, faire partie du collectif électro immersif Organ Mood et du groupe punk psychédélique Pypy. Oui, même moi qui avais toutes les misères du monde à jouer Au clair de la lune à la flûte à bec je peux dire que j’ai été musicienne.

Crédit photo : Mathieu Gosselin

Crédit photo : Mathieu Gosselin

La symbiose poétique d’Organ Mood

Originaires de Montréal, Christophe Lamarche et Mathieu Jacques allient arts visuels et musique électronique pour créer une poésie qui leur est propre. Dès mon entrée dans la salle, quatre rétroprojecteurs alignés sur une table au parterre installent une ambiance nostalgique en moi. Or, leur son est tout sauf nostalgique. Innovants et en constante recherches, les deux artistes stimulent les sens avec la superposition des images sur les acétates et les longues pièces hypnotiques qui, telle une sirène, invitent à plonger au creux de nous-mêmes au lieu des fonds marins. On a le goût de vaciller sur notre chaise les yeux fermés, mais voir à l’œuvre Mathieu Jacques fouiller dans ses bacs, remplacer les acétates et jouer avec les formes pour créer des motifs en mouvement est tout simplement impressionnant.

Crédit photo : Mathieu Gosselin

Crédit photo : Mathieu Gosselin

Véritable complice avec son public, le collectif a demandé à de nombreuses reprises son aide afin de jouer avec ses instruments hétéroclites. Dès la première pièce, il a donné le ton présentant un instrument que l’on place vis-à-vis son cœur pour détecter les variations de vitesse du sang : un bruit creux et intrigant. Par la suite, plusieurs spectateurs se sont relayés un long bâton en bois avec un archet qui produit divers sons lorsque l’on tape dessus. Finalement, le concert s’est conclu sur une véritable fusion d’ambiances et d’univers avec la distribution dans la foule de maracas, de claves et d’autres instruments. Chacun ajoute donc sa touche et crée une chanson enveloppante et réconfortante.

Bref, Organ Mood c’est un concert unique et intime où le groupe recommence à exister différemment chaque soir en requérant l’aide de la foule. Tellement hypnotique, que j’en oublie les notes, le calepin, cet article… P.-S. Ils ont participé à la bande sonore de l’excellent film Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur.

L’appel survolté de Pypy

Ils sont quatre sur scène issus de CPC Gangbangs, Les Sexareenos, Red Mass et Duchess Says. Annie-Claude, la chanteuse, est assise les pieds qui pendouillent sur le bord de celle-ci. Elle a le regard intense, on dirait qu’elle se rapproche pour te chuchoter une histoire, mais elle entre immédiatement en transe, en crise envoutante. Les chansons intenses aux couleurs de punk psychédélique, expérimentales et aux nuances de stoner rock ont créé une ambiance déchaînée.

Crédit photo : Mathieu Gosselin

Crédit photo : Mathieu Gosselin

Dès que la chanteuse est descendue sur le parterre se mettre à genoux pour interpréter les pièces, la foule s’est vivement animée et une complicité s’est immédiatement tissée avec le groupe. Une tête d’orque, une invitation à grimper sur scène pour danser et distribuer un micro parmi les spectateurs au rappel, voilà la recette gagnante pour enflammer la salle Rouge du Paradis. Polyvalents, les musiciens changent de rôle avec le bassiste qui devient guitariste, la chanteuse qui troque ses cris hypnotiques pour la guitare et le guitariste qui devient à son tour le chanteur le temps de quelques pièces. D’ailleurs, leur mélodie rappelle, en quelque sorte, les longs solos de la formation américaine Radio Moscow.

Bref, un spectacle sans répit où il est impossible de décrocher son regard de la scène : une intensité magnétique l’attire. Pypy, c’est un son magnifiquement chaotique et sans compromis qui fait danser, sauter et exploser.