Neuvième étage

"THE NINTH FLOOR" - NFB

Aussi efficace qu’un crochet du gauche de Mohammed Ali, le film documentaire « 9e étage », réalisé par Mina Shum, assène  un violent uppercut aux préjugés, met KO le racisme et amène à nous poser une multitude de questions fondamentales sur comment vivre collectivement dans une société de plus en plus pluriethnique. Autant dire qu’il s’agit clairement du genre d’œuvre malheureusement trop d’actualité, donc foncièrement nécessaire.

Le documentaire en question revient sur les évènements ayant eu lieu à l’université Sir George Williams à Montréal en 1969. À l’époque, plusieurs étudiants noirs stigmatisés par leur professeur avaient porté plainte contre ce dernier afin de faire stopper ses agissements racistes n’ayant place au sein d’un établissement d’enseignement supérieur. Devant le refus de l’université d’installer une commission d’enquête neutre et de condamner les agissements du professeur incriminé, une centaine d’étudiants décidèrent d’occuper le neuvième étage de leur lieu d’étude afin de protester et de faire entendre leur voix. L’affaire, qui normalement aurait dû se régler à l’interne entre les parties concernées, déborda du cadre universitaire pour au final devenir un symbole de la lutte contre le racisme au Canada, le tout s’inscrivant dans un mouvement plus vaste, car dans le même temps avait lieu la lutte en faveur des droits civiques aux États-Unis.

Racontant ainsi étape par étape le déroulement des faits, la réalisatrice lève le voile sur cet épisode sombre de la société québécoise. Poursuivant une narration d’investigation journalistique, le film détricote donc les tenants et aboutissants de l’affaire. En allant à la rencontre de celles et ceux ayant participé au blocage du 9è étage de l’université (impliquant tabassages en règles, espionnage par les services secrets et mouvements de foules), Mina Shum récolte des témoignages apportant un éclairage particulier (empli de sagesse) sur les protestataires, sur leurs motivations et sur leur foi en un monde plus juste. Ce faisant, le film nous permet d’observer, de comprendre et d’appréhender la complexité et l’importance qu’un tel évènement a provoqué chez les protagonistes de l’affaire. Impossible, en tant que spectateur empathique, de rester de marbre devant les témoignages de ces hommes et de ces femmes, qui (parfois au péril de leur vie) ont simplement demandé à ce que la justice, alliée à une éthique solidaire, soit rendue.

Le documentaire va ainsi plus loin que l’évènement en lui-même. En effet, il y a une véritable volonté de poser une problématique sociétale sur ce qu’est le racisme dans nos vies et comment celui-ci peut gangrener la société civile dans son ensemble. Ce film permet à ce sujet d’illustrer comment naissent des conflits, comment une situation peut dégénérer  dans la violence la plus sournoise sans un dialogue construit et accompagné entre deux parties diamétralement opposées. Enfin, ce véritable plaidoyer humaniste en faveur d’un monde plus tolérant, impose en chacun de nous la nécessité absolue de se remettre systématiquement en question devant des agissements ou des paroles racistes, misogynes, homophobes…

Résolument tourné vers l’avenir, ce film est ainsi nécessaire pour quiconque s’intéresse à communiquer en bonne intelligence et donne des pistes de réflexion pour lutter efficacement contre le racisme et son institutionnalisation. Say it loud !

 

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