Et au milieu coule une rivière

konelineSi le cinéma est une fenêtre sur le monde, alors Koneline en est l’exemple incarné. Car voir Koneline, c’est faire une expérience terrienne dans toute sa grandeur. Pas étonnant que ce documentaire soit récipiendaire du titre de meilleur film canadien au Hot Docs Festival. À la fois célébration poétique rare d’une nature fragile dont l’écosystème est directement menacé par des constructions minières, mais également prise de conscience de la riche beauté ce cette nature pas si « sauvage » car fondamentalement naturelle et ancrée en l’humain, Koneline peut se comprendre à travers de multiples niveaux de lecture.

Nous mettons donc le cap sur la Colombie-Britannique, là où la nature s’observe à perte de vue. On y suit la vie, dans ses plus simples incarnations (travail, recherche de nourriture, activités artistiques…), des humains qui vivent dans ce coin de pays isolé, loin du fracas des villes et de la dite « civilisation ». Grâce à des images ahurissantes de beauté pure qui transcendent le genre, on a l’impression d’assister à une poétique de la vie sous toutes ses coutures.

La réalisatrice a ainsi l’art de placer le cadre exceptionnel qu’il faut, au moment où il faut. Elle saisit les corps en mouvement, les variations du vent, les ombres portées sur les plaines. Là un détail sur la grâce du geste de ce pêcheur, là un plan large sur la ribambelle de chevaux harnachés dans un paysage lunaire, là un extrait de grand film hollywoodien avec cet hélicoptère qui pose à même le sol un pylône électrique gigantesque. Sauf que là, ce n’est pas du cinéma. Enfin si mais… enfin c’est compliqué. Car depuis le haut de cette montagne où des hommes extraient des milligrammes d’or à coup de pelleteuses et de foreuses grosses comme des porte-avions, on a l’impression que des dieux immémoriaux nous observent. Que des forces telluriques ahurissantes qui dépassent notre entendement vont se déchainer à n’importe quel moment pour nous engloutir tout cru. Alors on s’assoit, on observe et on rend hommage.

On est constamment subjugué par la magnificence de cette nature définissant complètement la vie des personnes qui l’exploitent ou qui en vivent. En effet, que l’on soit minier, autochtone des Premières Nations, chasseur-touriste en quête d’absolu ou cowgirl charismatique au possible, tous les humains présents dans ce film font partie d’un tout plus grand qu’eux. Ils font ainsi cœur avec la terre et leur environnement. Personne n’est bon, personne n’est mauvais, il n’y a pas de juste milieu ou de compromis possible. Il n’y a que des hommes et des femmes au sein d’un univers et qui font ce qu’ils savent faire de mieux pour vivre, simplement vivre. Et ils le savent, ils en ont conscience et c’est là que le film prend toute sa dimension. En suivant les parcours singuliers de ces personnes habituées au Grand Nord de ce beau pays, Nettie Wild (ça c’est du nom prédestiné !) nous renvoie à la tête tous nos préjugés, toutes nos valeurs morales et tout notre sens commun. Le seul qui vaille étant la rivière, qui elle, continue de couler. Troublant, invitant et fascinant.

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