Un saut dans l’univers de Julie Gauthier, Jeune personnalité Desjardins 2014!

La directrice générale de la Coop Paradis, Julie Gauthier, a été couronnée Jeune personnalité Desjardins 2014 dans le cadre du Gala de la Jeune chambre de Rimouski, le 10 mai dernier. En plus de faire avancer le Paradis sur tous les fronts depuis déjà 8 ans, Julie est présidente du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et termine une maîtrise en gestion de projet à l’UQAR. Elle développe également sa pratique en tant que cinéaste (elle vient d’ailleurs de recevoir une bourse pour son court métrage Les amazones – une adaptation d’une la nouvelle de Stéphanie Pelletier)… sans oublier qu’elle siège sur la Table affaires-culture et sur la Table des diffuseurs du Bas-Saint-Laurent, ainsi que sur la Table d’interdisciplinarité du CALQ. Rencontre avec une jeune femme passionnée, fonceuse et persévérante qui n’a pas peur de faire de ses rêves des réalités au quotidien!

Crédit photo : Courtoisie Jeune chambre de Rimouski

Crédit photo : Courtoisie Jeune chambre de Rimouski

Qu’est-ce qui t’inspire et te donne le goût de te lever chaque matin pour jongler avec tous tes projets?

Étant native de Rimouski, j’ai vu la ville s’épanouir au niveau culturel au cours des dernières années. Je vois l’effet que ce déploiement a sur le développement économique de la ville, sur la rétention et l’attraction des jeunes familles et aussi sur la qualité de vie générale dans la région. Je suis d’autant plus motivée à participer à la réalisation du projet de complexe culturel du Paradis au centre-ville puisque je suis convaincue que cette initiative va apporter une toute nouvelle dynamique dans ce secteur. Ma motivation centrale réside dans le désir de doter les artistes et organismes culturels d’espaces de création à la hauteur de leur professionnalisme, de faciliter les collaborations interdisciplinaires et d’ouvrir l’esprit du public afin de les mettre en contact avec un large éventail de pratiques artistiques.

Quel est ton secret pour garder l’équilibre dans toutes les sphères de ta vie?

L’équilibre est la chose la plus difficile à conserver quand on est aussi passionnée que moi, puisque je me lance toujours à fonds dans tout. Je fais du yoga depuis une dizaine d’années ce qui m’aide grandement à me recentrer. J’ai toujours été intéressée par l’alimentation saine et les médecines alternatives qui prônent davantage la prévention et l’analyse globale de la santé, ce qui me prédispose à maintenir un mode de vie plutôt sain. Le plaisir est également partie prenante de la plupart de mes projets, l’impression de m’amuser en mode travail m’aide grandement à ne pas perdre pieds. Voici d’ailleurs quelques billets sur le sujet : Comment gérer de multiples projets sans rien échapper ou presque! et Apprendre à décrocher ou fais ce que je dis et pas ce que je fais!

Selon toi, en quoi cette reconnaissance est une bonne nouvelle pour tout le milieu culturel d’ici?

Nous retrouvons enfin travailleur culturel et personnalité d’affaire dans la même phrase. Cette reconnaissance va participer à démontrer que les organisations culturelles sont aussi génératrice de richesse et participent au développement économique d’une ville. Dans les dernières années, j’ai travaillé beaucoup à jeter des ponts entre le milieu culturel et celui des affaires puisque ces échanges sont bénéfiques d’un côté comme de l’autre. Il est très positif de voir qu’un projet comme celui du Paradis fait l’unanimité dans une région. C’est un projet qui parle autant à l’artiste, à l’organisme artistique ou communautaire, au citoyen, qu’au commerçant ou à la communauté des gens d’affaires.

Quelle est la place du Bas-Saint-Laurent dans le paysage culturel québécois?

Le Bas-Saint-Laurent a toujours été un haut lieu de culture au Québec. Le premier Salon du livre a été créé ici, de même que le premier Conseil de la culture. Nous habitons un territoire très inspirant puisque l’urbanité croise les paysages et notre regard singulier sur ce chevauchement nous permet de nous démarquer en matière de projet innovateur. L’éloignement des grands centres a également l’effet bénéfique de nous pousser à avoir nos propres événements artistiques et le bassin plus réduit de gens oblige le maillage entre les différentes disciplines ce qui, à mon avis, permet de sortir du cadre de la création traditionnelle.

Quelle est ta vision du mariage Affaires et Culture dans une région comme le Bas-Saint-Laurent?

Ma vision du mariage entre les Affaires et la Culture réside dans un véritable échange entre les secteurs. Le clivage entre les deux est loin d’être aussi abyssal que nous pourrions le penser, L’artiste et le gestionnaire culturel ont beaucoup de point commun avec l’entrepreneur qui a créé sa propre entreprise en commençant par la passion. De plus, discuter avec des gens d’un milieu différents du sien est toujours générateur d’idées nouvelles. Je vous encourage à aller lire les articles que j’ai rédigés sur la créativité initiée par l’intersectorialité et le rapprochement entre affaires et culture : Pourquoi sortir de son secteur pour devenir plus créatif et Le rapprochement entre le milieu des affaires et le milieu culturel

Quel est l’apport de la culture dans une société et ta réaction à l’affirmation « La culture, ça sert à rien »?

La culture ça sert à beaucoup de choses et ça dépasse les limites du simple divertissement. Ça sert entre autres à dynamiser une région, à améliorer la qualité de vie des citoyens. Ça induit des retombés économiques très importantes (1$ investi en culture c’est au moins 8$ de retombées économiques). Ça participe à la rétention et à l’attraction des jeunes familles. Ça développe l’esprit critique et la pensée. Ça permet de comprendre le monde qui nous entoure. André Malraux disait : « La culture c’est ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers! »

Êtes-vous de type marathonien ou sprinter?

 

Êtes-vous de type marathonien ou sprinter?

de Julie Gauthier

C’est l’été et qu’est-ce qu’on fait l’été? Oui, le jogging en effet, mais lire sur la course est hautement plus relaxant. Je viens tout juste de terminer Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Haruki Murakami (merci Martin Côté pour la suggestion). Murakami est un auteur japonais plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de la littérature. Autoportrait est un essai autobiographique qui fait l’éloge de la course à pieds. À 33 ans Haruki décide de vendre son club de jazz pour se consacrer à l’écriture à temps plein. Fumant clope sur clope, toujours vissé à sa chaise, il commence inévitablement à prendre du poids. Il s’impose alors une discipline qui le mènera à courir un marathon par année, des triathlons et même un ultra-marathon (100 km). Tout au long de ce journal, l’auteur confronte la course et l’écriture en comparant les qualités nécessaires pour mener à bien ces deux activités (tenacité, capacité de concentration et talent). En écriture, il se compare à un coureur de fonds (de type marathonien) qui prend du temps à démarrer mais qui est capable de courir (travailler) sur une longue distance, sans jamais se mettre à marcher et surtout surtout en franchissant la ligne d’arrivée (en terminant ses projets).

C’est quoi le rapport avec la gestion culturelle? Et bien la lecture de cet essai m’a permis de mettre des images sur des observations faites dans mon quotidien de gestionnaire culturelle / artiste. Je remarque qu’il y a deux types de travailleurs : les sprinters et les marathoniens.

Le sprinter : Le sprinter démarre au quart de tour, il a toujours mille idées de projets et il aime défoncer les portes. Il est plus à l’aise dans des projets de courtes durées ou à l’étape du démarrage. Il a de la difficulté à ne pas papillonner d’un projet à l’autre. C’est un expert du mode multitâche. C’est un grand mobilisateur.

Le marathonien : Le marathonien prend un peu plus de temps à entrer dans l’action. Il aime l’étape de la préparation. Une fois entré dans une tâche, il l’a mène jusqu’au bout, même si c’est de longue haleine. Il est perfectionniste et il lui est impossible de se contenter d’un résultat moyen.

Dans une équipe de travail, c’est très important d’avoir des gens de ces deux catégories. Si votre équipe n’est composée que de sprinters, vous aurez de la difficulté à mener vos projets à terme. Vous devez combiner les forces de ces deux types de travailleurs pour obtenir les meilleurs résultats. À l’image d’une course à relais, le sprinter va démarrer les projets, planter les graines, mobiliser les équipes et au moment ou un autre projet germe dans son esprit, l’équipe de marathoniens prend le relais pour porter et accoucher de tous ces beaux projets. Rien dans la vie n’est tout noir ou tout blanc et une personne peut très bien naviguer du type sprinter au type marathonien mais nous avons tous une tendance naturelle qu’il s’agit d’exploiter pour performer.

Pourquoi sortir de son secteur pour devenir plus créatif

 

Multidisciplinarité, intersectorialité, au Paradis, nous jonglons avec ses mots au quotidien. Mon dernier billet en traitait un peu. Poussons la créativité en explorant cette avenue. L’idée m’est venue en lisant un article du dernier journal Les affaires. Il s’y trouvait en effet, une entrevue avec Fred Dust, associé chez Ideo, firme de consultation en design de système. Ce dernier disait que « bon nombre d’employés se montrent plus créatifs dans leur vie privée qu’au bureau », pourquoi? Eh bien, toujours d’après monsieur Dust, peu de gens (mis à part peut-être, les gens de l’industrie culturelle) estiment qu’ils occupent un emploi qui repose sur la créativité. De ce fait, il préfère la laisser à la maison. Pourtant plusieurs emplois recèlent le potentiel de déchaîner votre créativité. Beaucoup plus que vous le pensez.

Selon Dust, la pire manière de trouver des idées nouvelles, c’est de participer aux congrès en lien avec son industrie. Ah! Je partage cette idée, ici je parle d’innovation et de développement de projets, pas de perfectionnement. Il est très important de participer aux colloques, réunions, tables sectorielles en liens avec notre secteur d’activités mais pas tellement pour renouveler les pratiques. La meilleure façon, à mon humble avis, de fracasser les idées préconçues et de provoquer un torrent de créativité, c’est de côtoyer des gens de tous les milieux. Voici donc une liste, chose que j’affectionne grandement, j’en rédige des tonnes, qui pourra peut-être vous aider à trouver de nouvelles idées et même de nouvelles solutions pour régler de vieux problèmes.

1 : Participer à des événements dans toutes les disciplines. (Ex : vous êtes un organisme en arts de la scène, ne vous contentez pas d’assister à des événements ou des rencontres en lien seulement avec les arts de la scène. Tentez les arts médiatiques, la danse, les arts visuels etc. Il y a certainement de belles collaborations à faire et de nouvelles idées à partager).

2 : Fréquentez des milieux radicalement différents du votre. (Ex : Le documentaire est un très bon exemple des belles collaborations qui peuvent émerger de la mixité des domaines. Stéphane Lahoud a réalisé un magnifique documentaire « Sur la banquise » qui relate le passage d’un artiste d’Espace blanc (Caravansérail) dans le village de pêche sur la banquise de Rimouski. Il y installait des girouettes  inspirées par les histoires racontées par les pêcheurs. Voilà un bel exemple d’échanges porteurs.)

3 : Désigner un avocat du diable dans vos rencontres. (Ex : Vous organisez une réunion d’équipe, une séance de remue-méninges? Assurez-vous qu’il y a quelqu’un à la table qui questionnera toutes les idées. Tout doit être mis à l’épreuve pour être adoptés. N’ayez pas peur de proposer des idées folles, la censure est l’ennemi de la créativité.)

4 : Allez boire un verre. (Ex : Ou une slush, le taux d’alcool n’est pas l’important, c’est plutôt l’idée de mettre son cerveau en mode loisir. Remarquez que le syndrome de la page blanche ou de l’absence d’idée se manifeste souvent en réunion d’équipe quand vous êtes forcés d’être créatif. En contexte de loisir, le cerveau ne se sent pas obligé de cracher des idées et magie! Une rafale de nouveaux projets émergent. C’est souvent quand on n’a  pas prévu de repeindre entièrement sa salle bain qu’on le fait…euh est-ce que c’est juste moi ça?)