Déterminées à prendre le bois

Par Sandra Mathieu

Avec une cadence qui nous fait oublier le documentaire traditionnel, Un film de chasse de filles plonge le spectateur dans l’univers de la chasse au féminin au Québec. On y accompagne quatre femmes âgées entre 13 et 72 ans, toutes chasseuses de gros gibiers, lors de la saison de chasse 2013.

Julie Lambert et Hélène Larente. Crédit photo : Courtoisie Parallaxes

Julie Lambert et Hélène Larente. Crédit photo : Courtoisie Parallaxes

« Depuis dix ans, le nombre de demandes de permis de chasse demandé par des femmes a doublé dans la province. Je suis, depuis plusieurs années, intriguée par ce mouvement de féminisation du sport, et c’est cette curiosité qui m’a amenée, grâce au bouche à oreille, à rencontrer ces femmes », souligne la réalisatrice Julie Lambert, avec l’émotion dans la voix.

Sous un regard sensible, elle a également documenté son propre parcours de néophyte. « J’ai été choyée de partager le quotidien de ces femmes qui ont été généreuses de me transmettre ainsi leurs connaissances », ajoute celle qui n’avait jamais tenu une arme à feu de sa vie!

Nous devenons ainsi le témoin privilégié de toutes les étapes de ce sport vieux comme le monde; de la préparation physique et mentale à l’attente, en passant bien sûr par le passage à l’action, la recherche et la découverte de l’animal, l’éviscération et la dégustation! Les préjugés tombent sous nos yeux et l’anticipation du choc émotif est palpable. Le montage est tissé serré : les silences, la musique bien exploitée et les bruits ambiants de la nature soutiennent à merveille les images fortes et font appel à tous nos sens.

Avec un grand souci du détail, Julie Lambert dresse des portraits intimistes de trois générations de chasseuses. Ces femmes sont inspirantes grâce à leur conviction, sincérité et passion. Pour certaines, symbole de liberté, pour d’autres synonyme d’autonomie et de grande fierté, la chasse leur apporte une paix intérieure et une communion évidente avec la nature. Leurs propos portent à réflexion et font échos bien longtemps après le générique!

Le documentaire a remporté deux prix au Festival de cinéma de la ville de Québec : Prix du public – Long métrage et Prix du meilleur premier film décerné par un jury de cinéphiles. Le film a également reçu une Mention honorable pour le Grand prix de la compétition long métrage remise par le jury de la compétition officielle composé. Il est en nomination au Festival international de cinéma francophone en Acadie.

Un film de chasse de filles est en tournée cet automne et fait partie de la programmation de Paraloeil (Coop Paradis, 274, avenue Michaud), le jeudi 27 novembre, en présence de Julie Lambert.

Plus d’info : unfilmdechassedefilles.com

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L’usine de rêves

Par Maxime Binet

Permettez-moi de revenir, cet automne, à la barre de cette chronique cinéma afin de participer au momentum de cette nouvelle saison rimouskoise de cinéma. C’est avec grand bonheur que l’on peut apprécier la nouvelle programmation de Paralœil qui a été dévoilée récemment. On y compte bien sûr quelques petits bijoux de soirées avec des invités très attendus.

Cette saison automnale démarrera en force, ce soir (mardi 9 septembre), avec la projection de The Congress (2013), la plus récente réalisation d’Ari Folman, le maître derrière le superbe Valse avec Bashir (2008). The Congress  est un objet à la fois somptueux et réflexif. Ses images colorées et cartoonesques toutes fleisheriennes – comme le remarqueront les amateurs de dessins animés – construisent un environnement ludique, en surface, par lequel s’insinue une réflexion critique de l’industrie cinématographique, plus spécialement hollywoodienne (hégémonique), mais aussi du devenir de notre société (hédoniste) qui s’en gave. Ce film qui débute en prise de vue réelle « numérique » – cette spécificité n’est pas anodine – bascule en un instant dans le monde de l’animation. Parce qu’il n’y a qu’un pas à franchir, dans l’univers des codes binaires, entre une image captée et une image crée (de toute pièce) et c’est ce pas que fera l’industrie du cinéma de divertissement, selon Folman.

Cette proposition est mise en récit avec Robin Wright y jouant son propre rôle, c’est-à-dire Robin Wright, actrice mûre dont certains mauvais choix de carrières (re)viennent la hanter malgré une notoriété certaine. Robin Wright, donc, se voit proposer un contrat de 20 ans avec Miramount Studios, véritable pacte faustien, qui stipule qu’elle doit renoncer au droit de disposer de son image(/âme), c’est-à-dire de cesser de jouer dans quelque film que ce soit, sous certaines conditions, et qu’ainsi le studio jouira d’un avatar scanné de celle-ci fixant à jamais son image (donc son âge), afin de l’utiliser pour acter dans les navets qu’ils produiront à la chaîne. J’éviterai d’entrer davantage dans les détails du récit puisqu’il me serait difficile de les exposer sans les expliquer. Je vous dirai seulement que l’histoire qui s’ensuit propose un voyage hallucinant et halluciné dans l’avenir du cinéma/divertissement par le biais de la malléabilité que permet le dessin animé, et que ce voyage est tout sauf ennuyant.

Comme c’est le cas de plusieurs films, dont ceux de la trilogie de La Matrice pour n’en nommer qu’un exemple populaire, le concept de l’univers virtuel versus le réel permet d’installer une trame narrative et, pour notre plus grand plaisir, de développer un monde onirique esthétique à souhait. Car sous la complexité et la lucidité des idées sous-jacentes à cette réalisation ainsi que du regard de désillusion/désolation qui afflige cette proposition, c’est aussi au plaisir de se laisser épater et émouvoir que The Congress convie ses spectateurs.

Bonne première !

À propos de moi : Maxime Binet, originaire de Québec, ayant grandit en Gaspésie et vécu quelques années dans la métropole. J’ai fait mon baccalauréat en études cinématographiques à l’Université de Montréal, il y a déjà quelques années. J’ai travaillé un peu sur des plateaux de tournages (films, séries, pubs). Membre actif en production de Paralœil, je suis nouvellement Rimouskois ! Je me suis offert pour rédiger cette chronique – mais aussi d’autres projets, à venir… – parce que j’ai envie de m’impliquer dans Paralœil. Au plaisir de vous croiser et d’échanger, les soirs de projections !

Faire corps

Par Maxime Binet

Paralœil, en collaboration avec Le Mouton NOIR, vous convie à sa dernière projection de la saison avec le film Le Semeur (2013) de Julie Perron, ce mercredi 28 mai. Le film sera suivi d’une discussion avec la réalisatrice et le semeur Patrice Fortier. Venez nombreux pour clore la programmation sur cette note ensoleillée!

Crédit photo : Courtoisie Les films du 3 Mars

Crédit photo : Courtoisie Les films du 3 Mars

Comme toujours, je tiens tout d’abord à vous parler des deux projections de la semaine dernière. La première projection, un programme de courts métrages rafraîchissant et audacieux issu de La Distributrice de films, distributeur spécialisé dans la forme cinématographique courte. Étaient présentés trois films : Jeu d’enfant (2013) d’Émilie Lemay, La tête en bas (2013) de Maxime Giroux, Quelqu’un d’extraordinaire (2013) de Monia Chokri. La séance était suivie d’un échange avec Dan Karo, distributeur et diffuseur pour La Distributrice. La discussion s’est engagée sur les particularités de la forme courte au cinéma, sa place dans les salles et les festivals, son intérêt pour les créateurs et pour le public, ainsi que les difficultés rencontrées par les distributeurs de films en général et de courts métrages en particulier. Ces films étant faits souvent avec plus de liberté que les longs métrages, il en résulte des objets filmiques tout à fait originaux qui ont le mérite de prendre des risques. De ce dialogue est ressorti que le court métrage est une forme qui, malgré le désintérêt des exploitants de salles commerciales, sait nous offrir de beaux petits bijoux de cinéma !

La seconde projection, celle du documentaire Mes prairies, mes amours (2013) de Chelsea McMullan, nous conviait à la rencontre de l’auteur-compositeur-interprète Rae Spoon. Biographie aux élans lyriques, le film nous a permis d’entrer dans l’univers de l’artiste, évoquant ses tourments à l’égard de son orientation et de son identité sexuelle, de sa famille et de la religion, afin d’être sensible à l’aspect salutaire de sa démarche musicale. Un film sans prétention, inspiré et inspirant ! Le tout était précédé du court métrage Robert Lepage (2009) de Jeremy Peter Allen et d’une prestation musicale ludique d’Éric Normand au banjo.

Une petite mention pour la toujours très populaire ciné-matinée. La prochaine se tiendra ce samedi 31 mai à 10h. Avec la collaboration du Carrousel international de films pour enfants, nous est offert un programme de courts métrages pour tous âges, à partir de 3 ans. Un bloc de 60 minutes de films spécialement concocté pour cette occasion. Le tout est gratuit. Pour le plaisir de chacun !

Paralœil souhaite vous inviter aux diffusions, en première, de ses productions Sortir du Rang : dimanche 8 juin à 13h, à la Salle Anicet-Proulx de Saint-Narcisse ; jeudi 12 juin à 19h30, au Théâtre du Bic ; ainsi que le mercredi 18 juin à 19h30, au Pavillon de la jeunesse de Sainte-Blandine. Une belle occasion de voir les réalisations des jeunes de la communauté !

Et, dernière annonce avant le film dont je souhaite vous entretenir, n’oubliez pas que l’assemblée générale annuelle de Paralœil aura lieu le lundi 16 juin à 17h, à la salle rouge de la Coop Paradis. N’hésitez pas à devenir membre, si ce n’est déjà fait !

Pour le programme de cette semaine, on peut se réjouir de conclure cette belle saison de cinéma avec le film de Julie Perron. Le Semeur, tourné à Kamouraska, nous entraîne dans l’univers de Patrice Fortier, un cultivateur ayant une relation fusionnelle avec la nature. Possédant un savoir encyclopédique et usant de pratiques non conventionnelles exigeant un travail de moine, Patrice Fortier est le témoignage vivant d’un rapport à la Terre noble, excessivement rare dans tout pays industrialisé. Le Semeur est un film tourné à hauteur d’homme et à hauteur de plant(e)s. Ce documentaire nous rappelle qu’il faut réapprendre à s’intéresser à la nature, que jardiner/cultiver n’est pas qu’un hobby ou une industrie, que la provenance de nos aliments – et plus largement de tout ce qu’on consomme – est à la base d’une culture régionale, nationale, continentale. Patrice Fortier, agriculteur et artiste, est un personnage fascinant que la réalisatrice a su croquer avec toute l’énergie qu’il concentre.

Le Semeur, c’est aussi l’occasion d’avoir un aperçu des majestueux paysages de la région. C’est de voir les générations se tendre la main, partager, transmettre, fraterniser, célébrer ! C’est prendre conscience des miracles qui ont lieu perpétuellement dans la nature. C’est le besoin de réapprendre à tisser des liens avec sa communauté dans l’environnement qu’on partage. Le Semeur, c’est le film qui annonce l’été et qui nous donne l’envie de se mettre les mains dans la terre, de redécouvrir le bonheur de planter une graine et d’en faire germer une fleur.

Je parle beaucoup du film, mais la projection comme telle sera surtout l’occasion exceptionnelle d’échanger avec Julie Perron et Patrice Fortier. Alors, que vous soyez cinéphile, cultivateur amateur – ou les deux –, simplement curieux, ou que vous souhaitiez juste terminer la journée en beauté, la projection du Semeur fera votre soirée !

Un beau film d’ici ! Venez prendre part à ce dernier rassemblement à la salle bleue du Paradis, d’ici au mois de septembre, de la communauté de Paralœil. Bonne projection !