Au coeur du Paradis!

Par Julie Gauthier

Il y huit ans, je prenais les rênes du plus bel embryon d’organisme qui soit… Le Paradis.

Du haut de mes 24 ans, je suis tombée amoureuse de ce concept résolument novateur que proposait la coop et j’étais impressionnée par l’audace des fondateurs qui, malgré les doutes ambiants, ont acheté l’Audito, le premier théâtre de Rimouski, pour offrir aux organismes et artistes de la région un lieu pour créer et diffuser leur art.

L'Audito en 1962.

L’Audito en 1962.

Passée la nuit de noces, il fallut s’atteler à la tâche. Faire exploser les structures, décloisonner les pratiques artistiques, adopter la double posture d’organisme à but non-lucratif et de Coopérative demande patience et longueur de temps. Il a fallu travailler fort pour faire reconnaître ce modèle, et nous y travaillons encore à chaque jour.

Pendant toutes ces années où le nombre d’activités au Paradis grimpaient et où l’engouement se développait, nous portions un rêve commun : celui de réunir sous un même toit des organismes artistiques dans toutes les disciplines. Les rassembler pour pouvoir partager nos ressources matérielles, humaines, partager nos expertises, nos idées. Pour créer un climat propice à l’émergence de nouvelles idées, aux collaborations. Pour laisser toute la place à une ouverture de l’esprit qui permet de croire qu’il n’existe pas de limite à la créativité et qui mettrait à l’honneur les créateurs de notre région.

Évidemment ce type de projet demande de bons souliers. Parce que la route est longue. Parce qu’il n’existe pas de case, pas de programme, pas de norme. Lentement nous avons vu les gens se rallier, nous soutenir… la population, les artistes, les partenaires financiers. Tout le monde s’est mis à marcher dans la même direction et à y croire. Aujourd’hui nous n’avons jamais été aussi proche d’installer au centre-ville de Rimouski notre Paradis, et ce grâce à tous ces gens qui se sont mis à y croire. J’aimerais  remercier tous ces gens sans n’en nommer aucun de peur d’en oublier. Remercier chacune des personnes qui se sont mis à y croire et qui ont marché avec nous. Tous ceux qui par leurs actions, leurs encouragements, leurs temps ont édifié ce projet qui est en train de laisser sa marque et de créer un précédent dans l’univers culturel.

J’aimerais pour conclure attirer l’attention sur quelque chose qui n’est pas rationnellement humain mais qui a définitivement une âme, l’Audito. Ce vieux bâtiment qui a vu passer entre ses murs la musique de toutes les époques, le cinéma, le théâtre, les arts visuels,  la danse, les rires, les larmes, les drames, les amours passagers ou éternels. Cet édifice qui a été le berceau de cette initiative fantastique qu’est le Paradis. Encore aujourd’hui, quand les lumières s’allument, que l’animation s’élève et que les rires fusent, mes yeux se mouillent. Il y a dans l’air quelque chose de magique et de beau, comme si les murs avaient capté toutes les émotions passés et les distillait dans l’atmosphère.

L’Audito aura bientôt droit à une retraite plus que méritée, mais nous emporterons avec nous ce qui fait qu’on se sent si bien au Paradis, cet endroit où les jugements n’existent pas et où peut s’exprimer toute la créativité des artistes d’ici et d’ailleurs. Nous emporterons avec nous les souvenirs pour se bâtir un futur à la hauteur des ambitions des gens de notre région. Un lieu qui, à l’instar de son prédécesseur, emmagasinera lui aussi toutes les émotions que nous ferons vivre les manifestations artistiques futures, les collaborations, la synergie qui caractérisera ce lieu. Cet endroit qui, dans mon cœur, est déjà mythique puisqu’il est la somme de toutes les personnes extraordinaires qui composent et font vivre le Paradis.

L'équipe du Paradis! Crédit photo : Mathieu Gosselin

L’équipe du Paradis! Crédit photo : Mathieu Gosselin

Publicités

Pourquoi le projet Paradis fait rêver : la suite de la genèse

Image

Donc, la dernière fois, je vous parlais de ma grande naïveté et de mon désir d’aider la jeune Coop Paradis dans sa quête pour trouver une nouvelle direction. J’étais bien installée à mon petit bureau, tout juste à côté de celui de Steve Leroux qui lui-même se trouvait à proximité de celui de Julie Lévesque, mes gentils voisins du Centre d’artistes en arts visuels Caravansérail. À l’époque, il y avait beaucoup moins d’activités au Paradis. Paraloeil y occupait des bureaux et comme maintenant, il diffusait une programmation de films d’auteurs et de documentaires dans la salle bleue. Caravansérail avait aussi, tout comme aujourd’hui, une programmation riche et variée d’expositions d’artistes de la relève. Tour de Bras sans avoir de bureaux, utilisaient les espaces de diffusion pour présenter les Rencontres de Musiques Spontanées, l’Exil pour ses productions théâtrales, le Mouton noir pour ses A.G.A. Et le Paradis lui… et bien le Paradis opérait le café bar, il louait ses deux salles de diffusion, surtout aux membres, et il était nettement un peu paniqué quand le téléphone sonnait pour une location externe. Alors là tout le monde s’y mettait.

Moi : Euh scuse moi Martin (technicien à Paraloeil) ça te dérangerais-tu de venir m’aider avec la technique, y’a quelqu’un qui veut louer la salle bleue pour un show de théâtre?

Martin : Euh oui, c’est bon, je vais y aller.

Moi : Heille Julie (Communication à Caravansérail) avez-vous une échelle de votre bord?

Julie : Oui, dans l’atelier.

Moi : Ok merci…euh as-tu une minute pour m’aider à l’apporter dans la salle bleue?

Julie : Euh oui, c’est bon, je vais y aller.

Vous comprenez le principe. À l’époque, être membre du Paradis voulait aussi dire aider le Paradis dans ses balbutiements et tentatives d’organisation. En même temps, il y avait quelque chose de beau dans tout ça, un véritable échange entre les membres et, avant de me juger, sachez que j’étais toujours prêtes à aider mes voisins organismes aussi.

Les jours passaient, les c.v. continuaient de s’accumuler sur le bureau et moi je tentais de maintenir la barque mais aussi de lui donner une direction (sans mauvais jeu de mots), je tenais le gouvernail en y prenant de plus en plus goût. Puis après quelques semaines, je fus convoquée par une partie de conseil d’administration du Paradis pour une entrevue. J’étais extrêmement nerveuse mais passionnée, vraiment passionnée, j’avais des idées, une vision, je trouvais le projet beau, porteur de sens et dans une société de plus en plus individualiste, il me semblait que s’unir pour se doter d’espaces de création et de diffusion était tout simplement génial. Le comité a bien vu que j’étais jeune et naïve mais passionnée, vraiment passionnée à la suite de cet entretien, je puis enfin retirer l’intérimaire après le titre de directrice et commencer à tenter d’assumer le poste (et le titre) de directrice du Paradis (ce qui me vaut encore aujourd’hui moult blagues paradisiaques).

À suivre…

Pourquoi le projet Paradis fait rêver : la genèse

Pourquoi le projet Paradis fait rêver : la genèse

À l’aube du lancement de notre première véritable campagne de financement le 4 octobre prochain, je me sens un peu nostalgique et j’ai envie de remonter le temps. Remonter le temps pour me rappeler d’où vient ce beau projet qu’est le Paradis. Au commencement, il y a eu Paraloeil, un centre d’accès en arts médiatique chapeauté par Françoise Dugré, réalisatrice et commissaire, qui avait reçu 4 bourses du Conseil des Arts et des Lettres du Québec pour lancer l’initiative. Avec l’aide d’Alain Dion, enseignant au cégep de Rimouski et de quelques amis dont Claude Fortin et Brigitte Lacasse, ils prirent le bâton de pèlerin pour trouver un lieu pour accueillir les diffusions et installer leurs pénates. Il aboutirent finalement dans le premier théâtre de Rimouski, l’Audito. Après avoir loué la salle de diffusion plusieurs fois, Claude Pearson, le propriétaire du cinéma Audito (et du ciné-parc…que de souvenirs…) proposa la vente de son Cinéma à Paraloeil. Accéder à la propriété en tant qu’organisme à but non-lucratif, folle idée mais surtout trait de génie.

Non seulement, Claude Pearson vendit son bâtiment, mais accepta également de le faire à très bas prix en finançant lui-même l’achat sans intérêts. Il est encore d’ailleurs notre colocataire au Paradis. Il a son bureau (le seul avec une fenêtre) et je vous lance le défi de deviner où se trouve cette pièce secrète comme cristallisée dans le temps. C’est bien beau de posséder un cinéma mais … ce n’est pas l’endroit idéal pour y installer des bureaux. La première employée de Paraloeil fût Karine Ouellet, qui avait son quartier général au Bic, mais la première employée à vivre dans une ambiance de travail disons…cinématographique fût Sophie Lebel, elle était d’ailleurs installée dans le hall d’entrée du cinéma, entre la machine à pop-corn et l’ancienne billetterie. À force de corvées bénévoles (ici je parle de travaux herculéens), Paraloeil se fraya des bureaux dans ces vestiges cinématographiques.

Au Paradis, il fait froid, très froid et ça coûte cher, très cher…parce que c’est chauffé à l’huile et que le mot isolation relève de la mythologie. À l’époque, Paraloeil se cherche donc un coloc pour partager les frais, entre en scène Caravansérail, le centre d’artistes en arts visuels, mené par Marianne Coineau. Ils doivent quitter leur grand local du coin Évêché \ Rouleau (oui oui, là où il y a un immense trou en ce moment) parce que ça coûte cher…très cher. S’installe donc Caravansérail… après encore plusieurs corvées d’arrachages de bancs de cinéma, de peinture et de mise à niveau (supposément temporaire) des espaces bureaux. Génial! Paraloeil est propriétaire de sa propre salle de cinéma et Caravansérail a une salle d’expo en pente révolutionnaire.

Et le téléphone se mit à sonner, un peu, beaucoup, passionnément, les artistes avaient besoin d’un lieu pour créer et diffuser et voulaient louer la salle bleue (deuxième étage) et la salle rouge (premier étage) à Paraloeil. Complètement submergé par les demandes du milieu culturel (en pleine poussée de croissance) l’organisme décida de créer une coopérative. Avec le théâtre l’Exil, Tour de bras et le journal le Mouton Noir, les cinq organismes mirent sur pieds une coopérative de solidarité à but non-lucratif (chose nouvelle et complètement rebelle) pour gérer le lieu. Ils accouchèrent donc sans trop de douleur du Paradis! Ils embauchèrent une première directrice qui quitta en 2006. À ce point, le bureau de la direction était situé dans l’entrée de la salle d’expo de Caravansérail et la description de tâche est très claire…toute…juste toute…

C’est à ce moment que moi, Julie Gauthier, naïve jeune femme, arrive à la rescousse pour répondre au téléphone et amasser les c.v de la future direction du Paradis…

À suivre…

Par Julie Gauthier