Le vœu que j’avais oublié de me souhaiter

arleen_grand-formatSamedi le 28 janvier, alors que le vent était à nos portes, plusieurs Rimouskois courageux se sont rassemblés dans la salle bleue du Paradis afin de se faire réchauffer par l’univers chaleureux et invitant du bloc appartement dans lequel Arleen Thibault a grandi. Cette relève du conte québécois a réussi avec brio à nous faire entendre « la succion de la porte » de notre vie quotidienne qui se ferme pour entrer dans son univers de personnages colorés, de pouvoirs et de vœux. Au cours de cette soirée, elle nous a présenté tour à tour les personnages de son propre village, un bloc appartement de Québec ayant la vue sur un boulevard. De sa mère, qui aimait tirer aux cartes et croyait à l’intuition, à M. Ouimet, ce voisin mystérieux qui a fait de la prison, en n’oubliant pas bonhomme Quentin, propriétaire du bloc appartement, tous y ont passé ce soir-là. Toutefois, cette présentation des personnages était la trame de fond d’une histoire de vœu intrigante et pleine d’espoirs. Racontant celle-ci avec enthousiasme et suspense, Arleen Thibault a su nous tenir en haleine lors de ces 90 minutes. Elle s’est même servie de ses instruments traditionnels pour bruiter les scènes et ajouter une couche d’angoisse à son récit. Enfin, ce spectacle m’a interpellé, car il m’a rappelé qu’on oublie souvent de faire des souhaits. Je trouve que cette soirée était une magnifique manière de lancer sur une note optimiste la nouvelle programmation hiver et printemps 2017 de la Coopérative de solidarité Paradis. Bref, pour la nouvelle année 2017, je fais le vœu de nous souhaiter et d’être exaucés.

Catherine Berger-Caron

Le pays de la muraille enneigée

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2016|Documentaire|Québec|Espagnol, Sous-titres Français|85 minutes| de Marilú Mallet

Le pays de la muraille enneigée est un film documentaire puissamment intelligent, aux multiples angles de vues et où une multitude de niveaux de lecture sont possibles.

Tout d’abord on assiste à une sorte d’étude sociologique sur le Chili d’aujourd’hui. Un pays immense entouré de montagnes et faisant fièrement face à la mer. Un pays qui se cherche, la dictature a laissé des traces et poser des mots sur ceux-ci est une affaire complexe. Nous suivons donc la réalisatrice afin d’interroger des habitants qui composent le Chili d’aujourd’hui. À travers le regard de paysans de la pampa, d’une riche architecte de Santiago, d’un sociologue érudit, de jeunes révoltés et d’autochtones dont la complexité de la situation a de quoi interpeller, c’est à un véritable portrait global de la société qui nous est proposé. Un portrait riche dont la multiplicité des points de vue amène à se questionner sur l’identité culturelle (qu’est ce qui la compose ?), ainsi que sur le destin de cette nation.

Mais Le pays de la muraille enneigée est encore plus que cela. C’est également un retour aux sources pour la réalisatrice vers le pays qui l’a vue naître. Les lieux visités lors de ce voyage aux allures de pèlerinage, sont les siens. Marilù nous entraîne ainsi vers son Chili. Ses questionnements sont ceux d’une femme du vingt et unième siècle, bercée qu’elle est entre deux cultures et qui cherche sa place dans le monde. Il y a d’ailleurs du réalisme magique dans ce film. Marilù Mallet convoque ainsi la mémoire de son père, disparu lors du coup d’état de Pinochet. Les vieux souvenirs resurgissent et agissent ainsi directement sur le présent tout en questionnant le futur. Passé et présent se mêlent afin de permettre à la réalisatrice de se (re)construire totalement et donner un sens à sa vie. En détricotant les fils de son histoire personnelle construite à travers la grande histoire de son pays, c’est à une quête identitaire totale à laquelle on assiste.

Des décors sublimes, une caméra posée qui prend son temps, un montage délicat et une photo léchée font de cette œuvre immensément respectueuse de son sujet, une vraie ode à la prise de conscience de la personne que l’on est. Aidée d’une grande prise de recul sur sa condition, Marilù Mallet nous fait ressentir intrinsèquement de quoi nous sommes constitués et comment l’histoire d’un pays ou de nos ancêtres nous construit en tant qu’individu dans une société plurielle.

Le pays de la muraille enneigée est ainsi un voyage absolument fascinant, dans un pays riche de sa multiplicité culturelle, entravé par de grands bouleversements écologiques et sociologiques, aux prises avec un passé colonial difficile a aborder et où le fossé entre métropoles et régions éloignées est un enjeu de société.

Louis Poulain

Le documentaire sera diffusé par Paraloeil le 15 décembre à 19h30.

We are wolves s’en vient avec WRONG

 

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Le désormais mythique trio We Are Wolves impose une musique honnête et libre comme la foudre céleste sur la montagne sacrée. Habités, ils peignent un paysage post-punk ponctué d’arbres analogues. Toujours, leur son primitif est fidèle à leur animal totem : indomptable.

 D’où vient le nom du projet? Ça fait assez longtemps… À mon souvenir, ça ne faisait pas très longtemps qu’on jouait de la musique. On commençait à avoir des chansons à jouer et, étant plutôt bricoleurs et adeptes du «D.I.Y.», on testait des noms de groupes directement sur des t-shirts avec un stencil et de la peinture en aérosol. L’intention était de visualiser graphiquement le nom du band, un peu comme un logo. Un jour, Alexander s’est pointé à la répète avec un t-shirt «WE ARE WOLVES». Moi et Antonin (notre batteur de l’époque) avons tous les deux demandé: «WE ARE WOLVES? C’est quoi ça?». On dirait que c’était une réaction suffisante pour l’adopter. C’est vraiment dur de trouver un nom de groupe. En fait, c’est faux. C’est vraiment facile de trouver des noms de groupe, un peu en niaisant, mais c’est ultra difficile de s’y commettre. Tu n’as qu’une seule chance et ensuite ça devient une partie de ton identité pour des années.

Qu’est-ce qui joue en ce moment dans votre voiture? Euh… j’ai pas de voiture, mais j’écoute surtout des podcasts (des balados?). J’aime particulièrement un podcast qui se nomme «99% Invisible», malheureusement uniquement en anglais. Ça traite du design sous toutes ses formes, tant graphique qu’industriel, architecture, urbanisme, etc. Ils nous parlent autant du processus que des répercussions sur les individus et nos sociétés. Je vous le recommande fortement.

Vous pouvez nommer une mauvaise habitude en tournée? Je suis du type plutôt anxieux, donc ayant plus de temps pour angoisser, j’ai tendance à fumer plus de cigarettes qu’à l’habitude.

Une phrase que vous dites souvent en concert? C’est pas bon signe mais j’ai l’impression de dire souvent «je suis vraiment désolé mais on a un petit problème technique…»

Le plus beau commentaire reçu jusqu’à présent pour votre album? Je sais pas trop pour les autres, mais plusieurs personnes m’ont dit qu’ils considéraient WRONG comme étant le meilleur de nos 5 albums. Ça a l’air de rien, mais pour moi qui a constamment la face dedans, savoir que des gens qui connaissent déjà le groupe puissent continuer à cheminer avec nous est quelque chose de très réconfortant. Évidemment, pour nous, le dernier album est toujours le meilleur album. C’est vraiment cool de constater que ça peut être réciproque.

Une pièce que vous auriez aimé composer? Désolé, mais je ne peux pas répondre à ça simplement! Je suis incapable de m’imaginer être à l’origine de la création d’un autre. Chaque artiste possède son langage, qui est à son tour le résultat de son contexte. Par contre, il y a une multitude de musiques qui m’influencent constamment et j’ai énormément de respect pour leurs créateurs.

Votre expression ou citation préférée? «Fuck the knot», ça vient d’un dessin de David Shrigley. Il y a tellement de câbles et de fils dans ma vie, c’est incroyable. J’ai beau faire super attention, ils sont toujours emmêlés. Donc quand je dois démêler des fils, je me dis «fuck the knot».

L’artiste qui vous inspire le plus (toutes catégories confondues)? Pourquoi? Je suis incapable de faire des «tops» à la Buzzfeed. Pas non plus capable de choisir une couleur préférée. Ceci dit, un des artistes que j’aime depuis longtemps est Roman Signer. C’est un vieux suisse qui fait des sculptures/performances/vidéo/installations, souvent avec des explosifs, mais toujours avec un certain humour. À date, je ne m’en tanne pas.

Qu’est-ce qu’on pourra lire sur votre épitaphe? Shit! C’est vrai! Je devrais commencer à penser à ça tout de suite! Ça serait plate que quelqu’un d’autre doive checker ça le moment venu.

Un conseil pour nos enfants? Les adultes ne sont pas aussi grands qu’ils le prétendent. Plus on parle leur langage, plus on peut leur tenir tête.

Vincent Levesque de WE ARE WOLVES

Le samedi 12 novembre, la soirée débute à 20h, à la Coopérative Paradis du 274, avenue Michaud à Rimouski. Les billets sont en prévente au coût de 15$ chez Audition Musik ou sur Epasslive.com  et 20$ à la porte. La carte de fidélité du Paradis est acceptée.

Soirée pour tous avec service de bar.